Biosimilaires en cancérologie : anticiper l’abondance

Biosimilaires en cancérologie : anticiper l’abondance

Alors que depuis 2017, deux traitements biosimilaires ont été mis sur le marché, la question de l’anticipation de leur développement se pose. Les RCFr 2018 ont consacrés une session à l’anticipation du développement des ces médicaments.

Les biosimilaires ne sont pas des médicaments très nouveaux. Depuis une dizaine d’années l’agence européenne travaille sur ces sujets avec un système d’enregistrement bien connus des industriels. Il assure la sécurité, l’efficacité et la sécurité de ses traitements. Deux biosimilaires sont aujourd’hui proposés en cancérologie : rituximab depuis 2017 et trastuzumab, depuis 2018. Les nouvelles molécules attendues vont impliquer de plus en plus d’industriels.

Un bon accueil à l’hôpital
Les deux biosimilaires ont eu une pénétration rapide à l’hôpital. « Sur le plan des pratiques, les retours sont très positifs », explique Xavier Carruel. Cela est encore plus net pour le second. Un constat partagé par Roman Rozier de l’institut Curie. « La transition se fait de manière assez massive sans signal négatif de la part des patients ou des utilisateurs, en salle comme en pharmacie. » Cet accueil reposerait notamment sur la qualité des études sur les biosimilaires, mieux construites que pour les génériques.

De plus, la connaissance sur les biosimilaires et l’interchangeabilité s’améliore en même temps que la confiance des utilisateurs. A Gustave Roussy, « nous avons demandé aux médecins s’ils se prescrirait un biosimilaire s’ils étaient malades. Tout le monde a répondu oui sans hésitation », explique François Lemare.

Un bénéfice médico-économique
« Au plan sociétal et économiques, ces traitements devraient apporter des marges de manœuvre nouvelles au système de santé, » précise Xavier Carruel. L’entrée de nouveaux acteurs sur le marché va renforcer la concurrence et bénéficier au prix utilisateur. « Mais pour éviter les risques à plus long termes, la concurrence doit rester mesurée ».

Pour François Lemare, « il s’agit d’un enjeu économique important pour pouvoir financer toutes les innovations qui arrivent. On apprend vite. Pour trastuzumab, nous avons fait le switch du jour au lendemain, 1er octobre alors que pour rituximab, cela avait pris près d’un an pour arriver à 80% de développement ». Au centre de Villejuif, la dynamique médico-économique est conforme aux attentes lors du référencement avec une réduction de 30% du prix par rapport au médicament d’origine.

Pour Roman Rozier, « le développement massif attendu avec trois ou quatre molécules biosimilaires dans les 2 ou 3 ans doit pousser les autorités à anticiper l’organisation. De notre coté, nous pouvons aller plus loin dans les études cliniques pour consolider encore plus la biosimilarité des produits. »

Mais un déficit d’information
Le plus intéressant pour Christophe Pozuelos, de l’association France Lymphome Espoir est l’effet sur le patient. Il est important pour les représentants de patients de conserver la même efficacité. L’enjeu principal est l’information. « Les patients ne sont pas ou mal informés qu’ils sont passés un bio similaire. La direction générale d’un hôpital parisien a envoyé un courrier à ses patients. Il n’évoquait que les questions de coût et de prix. » La bonne information est en effet une clé essentielle de la confiance.

Le cas particulier du basculement
Avec la même efficacité, les biosimilaires ont des effets indésirables potentiels différents. Dans le cas où un patient reçoit d’entrée un biosimilaire, il reçoit la même information que lors de toute mise en traitement. La situation est différente en cas de basculement du médicament d’origine vers un biosimilaire.

On parle alors d’interchangeabilité qui désigne le fait pour un médecin de remplacer un médicament par un autre qui a la même activité. Cela peut être par exemple de passer d’un médicament biologique de référence à un médicament biosimilaire ou de remplacer un biosimilaire par un autre. Cela est à différencier de la substitution qui concerne les pharmaciens lorsqu’ils délivrent un médicament différent mais équivalent au médicament prescrit par le médecin, sans en référer à ce dernier. C’est actuellement possible avec les génériques, mais pas avec les biosimilaires. Cette définition est issue de la brochure « Les Médicaments biosimilaires » présentée par Christophe Pozuelos de France Lymphome espoir. « Il était important pour nous de sensibiliser les patients, de leur fournir une information claire et fiable notamment pour éviter les amalgames avec les génériques. »

D’après les interventions, aux RCFr 2018, de Xavier Carruel, responsable médico-marketing – Business unit biosimilaires, Biogaran ; François Lemare, pharmacien clinicien, Gustave-Roussy, Villejuif ; Christophe Pozuelos, coordinateur national, France Lymphome Espoir ; Roman Rouzier, directeur médical, Institut Curie, Paris.

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A propos Damien Dubois

Damien Dubois est journaliste et spécialiste de la communication en santé. Dans son activité en indépendant, il défend les droits des personnes atteintes de cancer ou de maladies chroniques et relaie leur parole, notamment dans le cadre de Cancer Contribution. Suite aux Etats-Généraux des malades atteints de cancer de 1998, avec d’autres jeunes adultes touchés par la maladie, il crée Jeunes Solidarité Cancer, première association portant la parole des adolescents et jeunes adultes concernés par le cancer et prônant une prise en charge spécifique de cette tranche d’âge intermédiaire. En 2016, il crée avec d’autres acteurs de la cancérologie, une plateforme Internet, conçue comme une boîte à outils pour aider les associations à aider les malades.