Biosimilaires : Les malades ont la parole

Biosimilaires : Les malades ont la parole

Début octobre, Nile Consulting a organisé le colloque « Les malades ont la parole : les biosimilaires, outils de renforcement du dialogue entre les acteurs de santé ? » Ce colloque a été organisé pour informer et sensibiliser les patients et leurs représentants associatifs autour de deux tables rondes l’une avec des acteurs de santé sur les enjeux médico-économiques et l’autre avec des représentants des autorités de santé sur l’évolution de la législation.

Interview d’Olivier Mariotte, président de Nile

Aider à Aider : quelle est la différence entre un biosimilaire et un générique ?
Olivier Mariotte : Parce que ces molécules protéiniques sont très longues et que nous ne sommes jamais sûre d’avoir, comme sur le générique, une exacte reproduction, réplication entre la molécule princeps et deux biosimilaires. Pour autant, toute l’efficacité de la molécule de base se retrouve dans la molécule similaire.

C’est surtout le mode de fabrication qui est différent. Il est possible de breveter une molécule biosimilaire mais pas le mode de fabrication qui appartient en propre à l’entreprise.

AAA : Quels sont les enjeux ?
OM : Il s’agit bien évidemment d’abord d’un enjeu économique. Les molécules biosimilaires sont beaucoup moins chères que les molécules princeps. Mais la question ne se résume pas là. Le deuxième enjeu, extraordinaire et qui dépasse l’espace français, c’est la massification de l’innovation. Les biosimilaires vont permettre un accès beaucoup plus grand aux molécules innovantes. Nous assistons à une révolution tranquille de l’innovation.

Le troisième point est extrêmement important. Nous avons bâti la démocratie sanitaire sur une urgence, celle de mettre à disposition de personnes éclairées, au sens du consentement et de l’information reçue, des outils thérapeutiques extrêmement efficaces, avec des profils de tolérance pas forcément idéal. Nous pouvions dès lors envisager des stratégies thérapeutiques très complexe. Il fallait absolument associer les malades à la prise en charge.

L’innovation a donc été un facteur accélérateur de la démocratie sanitaire. Le problème n’est pas réglé pour autant car cette massification va entraîner des risques importants de dérives.

AAA : Avec en plus l’enjeu particulier de l’interchangeabilité…
OM : … Oui. Au-delà de l’information due à tous les malades et qui n’est pas suffisante. A un moment, le médecin va passer de la molécule d’origine au biosimilaire. On pourrait croire que c’est la même chose, avec la même efficacité de molécules. Certes, mais le profil de tolérance non.

D’où l’importance de tracer ce que le patient reçoit, notamment lors d’un changement de traitement. Les aspects économiques ne doivent pas occulter la sécurité sanitaire, la transparence et la traçabilité. L’interchangeabilité doit se faire dans le même contexte d’information, et de décision partagée. En effet, la prise en compte du choix des malades durant leur parcours est une nécessité y compris en cas de prescriptions de biosimilaires et en particulier lors de l’interchangeabilité. Cela était tout l’enjeu et la conclusion de la journée du 2 octobre.

Pour aller plus loin :

A propos Damien Dubois

Damien Dubois est journaliste et spécialiste de la communication en santé. Dans son activité en indépendant, il défend les droits des personnes atteintes de cancer ou de maladies chroniques et relaie leur parole, notamment dans le cadre de Cancer Contribution. Suite aux Etats-Généraux des malades atteints de cancer de 1998, avec d’autres jeunes adultes touchés par la maladie, il crée Jeunes Solidarité Cancer, première association portant la parole des adolescents et jeunes adultes concernés par le cancer et prônant une prise en charge spécifique de cette tranche d’âge intermédiaire. En 2016, il crée avec d’autres acteurs de la cancérologie, une plateforme Internet, conçue comme une boîte à outils pour aider les associations à aider les malades.