Cancer du sein localisé : une majorité de patientes sur-traitées ?

Cancer du sein localisé : une majorité de patientes sur-traitées ?

Dans les cancers du sein hormonodépendants précoces (les plus fréquents), la plupart des femmes reçoivent après ablation de la tumeur une chimiothérapie en complément de l’hormonothérapie pour prévenir une éventuelle rechute. Révélées au dernier Congrès de l’ASCO[1], les données d’une étude américaine, s’appuyant sur l’utilisation d’un test génomique capable d’évaluer le risque de récidive, semblent attester qu’un grand nombre d’entre elles n’auraient pas besoin de chimiothérapie.

L’objectif de l’étude TAILORx était de déterminer chez les femmes atteintes d’un cancer du sein à un stade précoce, grâce au test OncotypeDx® (l’une des quatre signatures génomiques disponibles sur le marché en pratique courante), si le recours à une chimiothérapie adjuvante à l’hormonothérapie était pertinent ou non, en fonction du profil moléculaire de leur tumeur.
En pratique dans cette étude, après biopsie de la tumeur, 21 gènes de l’échantillon prélevé sont analysés pour calculer un « score de récidive » à 10 ans. Un score compris entre 1 et 10 indique un risque de récidive infime et donc l’inutilité d’une chimiothérapie ; un score supérieur à 25 indique un risque élevé et le bénéfice probable d’une chimiothérapie. Reste une zone d’incertitude où le diagnostic est plus difficile à poser, les scores intermédiaires (de 11 à 25). C’est sur ceux-là que l’étude a porté spécifiquement : la mesure et la comparaison de la survie sans progression, c’est-à-dire sans métastases, sans rechute et sans décès, sur une durée de 12 ans, a livré des résultats limpides : hormis chez les femmes de moins de 50 ans, la chimiothérapie pouvait être évitée.

L’enjeu : la prévention tertiaire
Les effets secondaires des chimiothérapies (nausées, vomissements, perte des cheveux, infertilité…) pourraient donc être épargnés à une majorité de femmes ; le double impact, sur les patientes et sur la décision thérapeutique, est énorme.
D’un point de vue médico-économique, la conclusion que nombre de femmes atteintes d‘un cancer au stade précoce (70% des 54000 femmes diagnostiquées chaque année) sont tout simplement sur-traitées plaide en faveur de la prévention dite tertiaire (c’est-à-dire de la démarche prédictive de l’intérêt des chimiothérapies) et contribue significativement à l’objectif de désescalade thérapeutique affiché par notre système de santé.
Sous le contrôle d’un recours « raisonné et raisonnable » aux signatures génomiques, les pratiques médicales devraient évoluer rapidement et l’accès aux tests (c’est-à-dire leur remboursement par l’Assurance Maladie) devrait s’accélérer.

[1] American Society of Clinical Oncology : ce congrès, référence incontestée de la recherche en cancérologie, réunit chaque année des scientifique du monde entier.

D’après l’intervention du Pr Joseph Gligorov, oncologue, hôpital Tenon au 4ème Congrès de La Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP).


A propos Sylvie Favier

Avec une formation initiale de linguiste et de traductrice, Sylvie Favier manifeste dès le début de sa carrière son intérêt pour le domaine scientifique. Après plus de 15 ans d’expérience de la communication en entreprise, dans de grands groupes du secteur entre autres (IMS Health, Groupe Profession Santé), elle opère en 2012 un tournant vers une activité indépendante de journaliste-rédactrice-traductrice. Elle est à l’origine de multiples réalisations éditoriales et enquêtes réalisées sur des thématiques médicales et de politique institutionnelle. Son intérêt pour la cancérologie est né au fil de rencontres et d’expériences dans son environnement personnel.

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