Dépistage du cancer du sein : une méthode qui a du chien !

Entretien avec Isabelle Fromantin, infirmière et docteur ès sciences à l’Institut Curie, initiatrice du projet KDog.

Genèse du projet

Infirmière spécialisée dans la prise en charge des plaies chroniques liées au cancer à l’Institut Curie à Paris et docteur en sciences, Isabelle Fromantin fait sa thèse sur les odeurs qui émanent de ces plaies. Elle étudie les molécules odorantes lâchées par les bactéries hébergées dans les plaies tumorales avec les chimistes de l’ESPCI (Ecole supérieure de Physique et de Chimie Industrielles) et établit des pistes pour créer un nouveau produit anti-odeur, plus efficace et plus agréable pour les patients que ceux dont on fait usage, aujourd’hui breveté et dont les premiers prototypes sont en train de sortir.

En se plongeant  dans la littérature, elle apprend que des équipes ont émis des hypothèses sur la détection du cancer par les composés volatils odorants et que parmi les procédés pertinents pour utiliser ces composés volatils odorants à des fins diagnostiques, il y a les chiens, dont on commence à dire qu’ils pourraient faire du dépistage. Des retours d’expérience clinique, publiés dans le Lancet[1] évoquent cette hypothèse, dont le premier rapporte le cas d’une patiente britannique, venue consulter sur le motif que son chien avait adopté un comportement inhabituel, pour une lésion cutanée qu’elle pensait bénigne et qui s’est avérée être un mélanome.

 

Concours de circonstance, dans cette même période, un mail lui parvient, adressé à divers hôpitaux par un expert cynophile qui se propose de travailler sur la détection de maladies. La rencontre avec Jacky Experton, cet ancien militaire spécialisé dans la recherche de drogues et d’explosifs, la convainc, elle, les chimistes et chirurgiens qui y participent, d’essayer de coupler l’éducation canine et la chimie pour une meilleure performance dans la détection des cancers.
Malgré la difficulté à trouver des financements – l’idée paraissait volontiers farfelue ! – ils y ont cru, se sont entêtés, ont affiné leurs méthodes. C’est ce déploiement d’énergie qui a donné naissance à KDog.

Une campagne de financement participatif

DÉPISTAGE DU CANCER DU SEIN : UNE MÉTHODE QUI A DU CHIEN !Apparu comme le moyen le plus efficace de récolter des fonds, le lancement  de la campagne a obligé l’équipe à expliquer son projet et à s’exposer… à des ricanements, mais aussi à un précieux apport d’idées.  C’est par cette voie que des vétérinaires ont rejoint l’initiative, que d’anciennes patientes ont proposé de s’investir bénévolement dans la création du site Internet, du blog, dans les réseaux sociaux…

Au final, deux bergers malinois ont pu être achetés (Nykios et Thor, cf. photos) au printemps dernier, ainsi que du matériel (des ordinateurs, des caméras pour filmer les chiens…), etc.  L’éducation des chiens a commencé en août 2016, sur le site de Magnac-Laval, près de Limoges.

[1] Revue médicale britannique qui fait référence dans le monde entier.

Pour aller plus loin :

A propos Sylvie Favier

Avec une formation initiale de linguiste et de traductrice, Sylvie Favier manifeste dès le début de sa carrière son intérêt pour le domaine scientifique. Après plus de 15 ans d’expérience de la communication en entreprise, dans de grands groupes du secteur entre autres (IMS Health, Groupe Profession Santé), elle opère en 2012 un tournant vers une activité indépendante de journaliste-rédactrice-traductrice. Elle est à l’origine de multiples réalisations éditoriales et enquêtes réalisées sur des thématiques médicales et de politique institutionnelle. Son intérêt pour la cancérologie est né au fil de rencontres et d’expériences dans son environnement personnel.

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