Des résultats stupéfiants en phase de concept

L’éducation des chiens est dans un premier temps assez classique, fondée sur des exercices de mémorisation et sur la répétition de l’exercice. Puis on introduit des échantillons qu’il n’a jamais reniflés. Pour le chien, le jeu consiste à repérer parmi des compresses qui ont été en contact avec la peau de patientes malades et de volontaires saines, celles qui portent les odeurs caractéristiques de la tumeur.

Dès la première série d’échantillons imbibés de sueur non mémorisés, les chiens ont retrouvé 100% des lingettes fournies par les femmes malades. « Un grand moment d’émotion », dit Isabelle Fromantin,  « ce que l’on ne sait pas faire en chimie, un chien vient de le réaliser avec une facilité déconcertante ! ».
Pour l’équipe KDog, tout le travail des mois qui ont suivi a été consacré à réunir les éléments pour produire les premiers résultats de preuve de concept[2], fournis en février.

Une étude clinique à venir : organisation et échéances

Ces premiers résultats permettent à l’équipe de passer à l’étape suivante : une étude clinique qui associera d’autres chiens et impliquera un panel de femmes plus large.
Tout d’abord, pour la financer, l’équipe a déposé un PHRC[3] (Programme Hospitalier de Recherche Clinique), et concomitamment essaie de lever des fonds pour assurer une continuité dans son travail.
Pour les besoins de cette étude, qui devrait démarrer début 2018, l’acquisition de deux autres chiens est prévue ainsi que quelques adaptations : l’expert cynophile, en fin de carrière devrait être remplacé par un ou plusieurs autres partenaires capables de reproduire la méthode ; la structure doit également être adaptée à la recherche clinique pour une meilleure traçabilité et une meilleure transmission des données. Les chiens sont d’ores et déjà entrés dans une phase d’exercices plus difficiles où on introduit des pièges, pour les préparer à cette étude clinique multicentrique, à laquelle participeront six centres expérimentés dans le cancer du sein, avec un protocole simple techniquement et en recueil de données, qui devrait permettre d’avancer rapidement.
L’étude incluera 1000 patientes atteintes d’un cancer du sein (ACR 3 ou 4[4]), à qui l’on demandera d’appliquer une compresse sur leur sein pendant une nuit, qui sera soumise à l’odorat des chiens pour diagnostic.
Parce que le projet est atypique, l’équipe se devait de le sécuriser scientifiquement pour rassurer :

Les résultats seront corrélés par des anatomopathologistes, une analyse intermédiaire sera réalisée pour s’assurer d’un résultat suffisant et à un stade ultérieur, de nouvelles analyses statistiques et un comité indépendant valideront les données.
La preuve de concept a permis de montrer que le dépistage en transcutané était possible et a suscité l’intérêt de l’Académie de Médecine, mais c’est seulement après cette étude clinique que des résultats fiables pourront être annoncés.

Finalité de la démarche 

Dégager de cette initiative un sens clinique, c’est le but ultime de l’équipe KDog.  Elle s’attache donc à comprendre à quelle précocité le chien est capable de renifler le cancer, pour développer une méthode de dépistage.  
Avec une motivation triple :
– dans les pays riches, permettre aux populations en situation de handicap par exemple un accès aux soins plus facile ; proposer une alternative à ceux qui pour des raisons qui leur sont propres ne répondent pas au dépistage de masse ; offrir enfin une solution plus économique en première intention (une étude médico-économique viendra à l’appui de l’étude clinique).
– dans les pays émergents, où l’accès aux soins est restreint, offrir la possibilité de détecter des tumeurs, qui sont souvent prises en charge à un stade trop évolué, faute de dépistage. Des contacts ont déjà été pris avec l’Alliance Mondiale contre le Cancer par exemple.
– enfin, l’information délivrée par les chiens – la possibilité de dépister en transcutané – pourrait servir la recherche sur les dispositifs électroniques et la conception d’un outil diagnostic performant.

[2] Démonstration à échelle réduite de la faisabilité d’un prototype.

[3] Le Ministère des Affaires Sociales et de la Santé soutient des projets qui contribuent au progrès médical, ainsi qu’à l’amélioration des pratiques et de la qualité de la prise en charge, à l’efficience du système de soins, à l’évaluation d’une innovation médicale ou organisationnelle. Le PHRC couvre le champ de la recherche clinique ; son objectif est de la dynamiser, de participer à l’amélioration de la qualité des soins par l’évaluation de nouvelles méthodes diagnostiques et thérapeutiques et de valider scientifiquement les nouvelles connaissances médicales en vue d’un repérage des innovations thérapeutiques et de la mise en œuvre de stratégies de diffusion dans le système de santé.

[4] Classification internationale (ACR0 à ACR6) des mammographies de dépistage qui permet d’établir une conduite standardisée en fonction de l’anomalie décelée à l’imagerie.

Pour aller plus loin :

A propos Sylvie Favier

Avec une formation initiale de linguiste et de traductrice, Sylvie Favier manifeste dès le début de sa carrière son intérêt pour le domaine scientifique. Après plus de 15 ans d’expérience de la communication en entreprise, dans de grands groupes du secteur entre autres (IMS Health, Groupe Profession Santé), elle opère en 2012 un tournant vers une activité indépendante de journaliste-rédactrice-traductrice. Elle est à l’origine de multiples réalisations éditoriales et enquêtes réalisées sur des thématiques médicales et de politique institutionnelle. Son intérêt pour la cancérologie est né au fil de rencontres et d’expériences dans son environnement personnel.

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