La cancérologie du futur sera intégrative

La cancérologie du futur sera intégrative

Partout dans le monde, on note un intérêt grandissant pour des approches intégratives de la santé et des soins au sein de la communauté scientifique.

Ce mouvement trouve sa source dans l’engouement des patients eux-mêmes pour les médecines dites alternatives et complémentaires (appelées CAM pour Complementary and Alternative Medicines), favorisé par divers facteurs : des techniques conventionnelles de plus en plus de sophistiquées et déshumanisées, la volonté des patients de jouer une rôle plus actif dans leurs soins de santé, la crainte d’effets secondaires lourds  et les scandales sanitaires liés à l’industrie pharmaceutique, notamment dans la dernière décennie.

Depuis l’exclusion en bloc jusqu’à une intégration progressive, les CAM se sont progressivement imposées dans la réflexion occidentale sur le parcours de soin, favorisées par l’essoufflement des systèmes publics de santé, la promotion des droits des patients et une offre thérapeutique parfois inefficace face à la douleur et dans les maladies chroniques.

Une vision révolutionnaire de la pratique médicale
Temps de consultation conventionnelle insuffisant, climat de compréhension et de dialogue plus facile à établir avec des praticiens non conventionnels… ont conduit à une augmentation exponentielle de l’usage des CAM, notamment chez les personnes atteintes de cancers, et le plus souvent caché aux soignants.

Le concept de « cancérologie intégrative », née de la pression populaire, désigne l’alliance de la médecine académique conventionnelle (oncologie chirurgicale, médicale, radiothérapie…) et des Pratiques Non  Conventionnelles à Visée Thérapeutiques (PNCAVT), reconnues efficaces par les patients et utilisées en complément des traitements conventionnels.
« En l’absence de preuve établie basée sur une méthodologie scientifique, l’utilisation alternative des PNCAVT n’a pas sa place en cancérologie » insiste le Dr Stéphanie Träger, oncologue médical.
Car ces pratiques peuvent être à l’origine de toxicités, entraîner des retards au diagnostic et donc différer l’initiation de traitements nécessaires, voire vitaux.

Les soins oncologiques de support (SOS) se situent à la croisée des thérapies conventionnelles et non conventionnelles. Ils englobent des techniques diverses, avec mobilisation physique (acupuncture, ostéopathie…), ou sans (sophrologie, méditation de pleine conscience…). Ils constituent un socle de soins défini en 2016 par l’Institut National du Cancer (INCa) et redéfini régulièrement en fonction des avancées.

Certaines pratiques, comme l’Activité Physique Adaptée (APA), ont recueilli un niveau de preuve d’efficacité et d’innocuité suffisant pour être recommandées par les professionnels de santé, en toute sécurité. D’autres, notamment dans le champ des sciences humaines et sociales, se prêtent plus difficilement aux études et requerraient des méthodes d’évaluation adaptées qui restent à développer.

Une alliée du mieux-vivre
La prise en charge intégrative fait partie de la prise en charge multidisciplinaire et personnalisée. Elle permet de mieux évaluer le fardeau émotionnel et physique inhérent au cancer et de mieux cerner les besoins des patients quant à la préservation ou  l’amélioration de leur qualité de vie. Inspirée des pionniers américains en oncologie intégrative, elle mise sur un double bénéfice : un traitement global, plus complet et plus efficace, et la protection du patient contre une utilisation potentiellement à risque.
Cette approche holistique est un modèle de mixité des soins ouvert à toutes les méthodes sécuritaires, existantes ou à venir, capables d’optimiser le bien-être.

A propos Sylvie Favier

Avec une formation initiale de linguiste et de traductrice, Sylvie Favier manifeste dès le début de sa carrière son intérêt pour le domaine scientifique. Après plus de 15 ans d’expérience de la communication en entreprise, dans de grands groupes du secteur entre autres (IMS Health, Groupe Profession Santé), elle opère en 2012 un tournant vers une activité indépendante de journaliste-rédactrice-traductrice. Elle est à l’origine de multiples réalisations éditoriales et enquêtes réalisées sur des thématiques médicales et de politique institutionnelle. Son intérêt pour la cancérologie est né au fil de rencontres et d’expériences dans son environnement personnel.