La décision médicale partagée

Les représentants de malades, notamment associatifs, ont progressivement imposé la prise en compte de la voix des patients. En cancérologie, les Etats-Généraux des malades du cancer de 1998 restent un événement fondateur sur le sujet. On pourrait donc penser qu’intégrer la volonté et le choix du malade dans une prise de décision thérapeutique est aujourd’hui une évidence pour tous… Et pourtant…

La décision médicale partagée
Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), pour être partagée, une décision doit être prise suite à deux étapes clés de la relation entre un professionnel de santé et un patient : l’échange d’informations et la délibération en vue d’une prise de décision acceptée d’un commun accord concernant la santé individuelle d’un patient. Elle est un facteur essentiel de l’adhésion thérapeutique.

Définition
Fin 2013, dans un état des lieux sur « Patients et professionnels de santé : décider ensemble », la HAS définit la décision médicale partagée, appelée aussi « prise de décision partagée » ou « processus partagé de décision ». Elle correspond à l’un des modèles de décision médicale qui décrit deux étapes clés de la relation entre un professionnel de santé et un patient que sont l’échange d’informations et la délibération en vue d’une prise de décision concernant la santé individuelle d’un patient. Dans cet échange :

  • le professionnel de santé et le patient partagent de manière bilatérale une information médicale, notamment les éléments de preuve scientifique ;
  • le patient reçoit le soutien nécessaire pour envisager les différentes options possibles et exprimer ses préférences. Ces options peuvent être du domaine de la prévention, du diagnostic ou du traitement, et comprennent l’option de ne pas agir ;
  • un choix éclairé entre les différentes options est effectué et accepté mutuellement par le patient et les professionnels de santé.

Le professionnel et le patient s’informent donc mutuellement pour parvenir à un accord commun sur la décision prise. Cette délibération est par nature interactive et la participation des deux est partagée à chaque étape du processus de prise de décision pour aboutir à un accord commun.

Aides à la décision
A cette fin, une série d’outils destinés au patient sont conçus comme un complément afin d’accompagner, et non de remplacer, les conseils d’un professionnel de santé.

Ils préparent le patient à prendre une décision fondée sur ses valeurs. Document papier, vidéo, outil multimédia interactif, ils visent à :

  • rendre explicite la décision à prendre et les raisons qui nécessitent qu’elle soit prise ;
  • guider le patient afin qu’il hiérarchise les options disponibles selon ses préférences en fonction des bénéfices et des risques qui ont de la valeur, de l’importance pour lui, et de son degré de certitude vis-à-vis de ses préférences ;
  • présenter les preuves scientifiques concernant la maladie, les options disponibles, dont celle de ne pas traiter, ainsi que les bénéfices et effets indésirables associés, leurs probabilités de survenue et les incertitudes scientifiques ;
  • expliciter les étapes du processus décisionnel et de communication avec les autres personnes impliquées dans la décision (médecin, personnes de confiance, famille, proches).


Bénéfices
Le premier impact positif de la Décision Médicale Partagée, en développant une pratique médicale centrée sur le patient, ses choix et ses valeurs, est de favoriser l’adhésion thérapeutique. Cette notion est préférée à celle d’observance depuis les travaux menés par le Collectif Interassociatif sur la Santé en 2015.

Une plus grande implication des patients aux décisions réduit les événements indésirables évitables déclarés notamment car la perception et la compréhension des risques et des enjeux du traitement sont optimisées. En toute logique, ce bénéfice sera d’autant plus marqué que les professionnels de santé seront sensibilisés et formés.

Pour aller plus loin :

 

A propos Damien Dubois

Damien Dubois est journaliste et spécialiste de la communication en santé. Dans son activité en indépendant, il défend les droits des personnes atteintes de cancer ou de maladies chroniques et relaie leur parole, notamment dans le cadre de Cancer Contribution. Suite aux Etats-Généraux des malades atteints de cancer de 1998, avec d’autres jeunes adultes touchés par la maladie, il crée Jeunes Solidarité Cancer, première association portant la parole des adolescents et jeunes adultes concernés par le cancer et prônant une prise en charge spécifique de cette tranche d’âge intermédiaire. En 2016, il crée avec d’autres acteurs de la cancérologie, une plateforme Internet, conçue comme une boîte à outils pour aider les associations à aider les malades.

Commentaires (2)

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