L’histoire des innovations : le défi du cancer du pancréas

L’histoire des innovations : le défi du cancer du pancréas

L’histoire des innovations en cancérologie a été au cœur des 7èmes Rencontres de l’INCa, le 4 février dernier. Deux analyses ont notamment permis de pointer les contrastes dans les avancées en matière de traitements. Ainsi, le Pr Pascal Hammel, chef du service d’oncologie digestive de l’hôpital Beaujon a évoqué le défi du cancer du pancréas, encore dans une impasse thérapeutique, avec un espoir raisonnable grâce aux traitements personnalisés.

« Dès le départ, il avait soupçonné que quelque chose n’allait pas au niveau du pancréas. Ils avaient ordonné des examens complémentaires et le diagnostic était tombé. Quand la douleur était devenue insupportable, on l’avait mis dans une chambre double avec une vue sur le parking, la télé et sous morphine. Il était tombé très vite dans le coma. En 15 jours c’était plié. » Cet extrait du prix Goncourt 2018, « Leurs enfants après eux », de Nicolas Mathieu, est symptomatique de l’image de serial killer du cancer du pancréas. En effet, il se caractérise trop souvent par un mauvais pronostic. Les progrès sont lents pour des tumeurs sans symptômes spécifiques, profondes et difficiles d’accès.

Une accumulation de mauvais indicateurs
À l’horizon 2030, le cancer du pancréas pourrait représenter la deuxième cause de mortalité par cancer derrière le cancer du poumon alors qu’il est bien moins fréquent. Il représente 1,8% des cancers en France.

Ce cancer est grave car la biologie est défavorable. La tumeur s’auto-suffit. « Elle croît malgré le peu de vaisseaux pour la nourrir. La division de ces cellules est illimitée et résiste à l’apoptose et aux agents de chimiothérapie ». De plus, cette tumeur est protégée par un micro-environnement. « Une espèce de fatras qui gêne l’efficacité des médicaments qui n’arrivent pas à pénétrer. C’est un désert immunitaire. » L’immunothérapie n’est donc pas efficace.

L’hétérogénéité des cancers du pancréas en complexifie l’identification d’autant que les signes cliniques ne sont pas spécifiques : fatigue, troubles digestifs, diabète. Le diagnostic est donc souvent tardif. « Nous manquons également de marqueurs biologiques diagnostiques et prédictifs et il est difficile d’obtenir un prélèvement histologique car la tumeur est difficile d’accès avec un petit volume. »

Des progrès thérapeutiques lents mais des premiers espoirs raisonnable
Les traitements par chirurgie et chimiothérapie évoluent doucement en augmentant progressivement la médiane de survie. Le premier espoir raisonnable vient de l’étude parue en décembre dans le New England journal de médecine, sur le bénéfice thérapeutique de Folfirinox. « La survie des patients opérés a été doublée avec une médiane de 54 mois contre 25 avec les protocoles antérieurs » ; même si les résultats sont à temporiser au regard des effets secondaires importants.

Les pistes pour le futur sont les traitements personnalisés avec, dans 1 % des cas, une immunothérapie envisageable. Un autre exemple de piste pour le futur est la signature métabolique du cancer. En identifiant, par exemple, l’expression des acides aminés liée à un risque de cancer pancréatique multiplié par deux. Cela permettrait de détecter la maladie deux à cinq ans avant un diagnostic classique. Enfin, des études sont en cours pour montrer les effets bénéfiques thérapeutiques de l’activité physique adaptée, qui ont été prouvés par exemple dans le cas de cancers du sein.

Là aussi, la participation des premiers concernés devrait être un atout. Le 25 septembre 2017, Espoir Pancréas a été créée. Il s’agit de la première association de patient dédiée.

A propos Damien Dubois

Damien Dubois est journaliste et spécialiste de la communication en santé. Dans son activité en indépendant, il défend les droits des personnes atteintes de cancer ou de maladies chroniques et relaie leur parole, notamment dans le cadre de Cancer Contribution. Suite aux Etats-Généraux des malades atteints de cancer de 1998, avec d’autres jeunes adultes touchés par la maladie, il crée Jeunes Solidarité Cancer, première association portant la parole des adolescents et jeunes adultes concernés par le cancer et prônant une prise en charge spécifique de cette tranche d’âge intermédiaire. En 2016, il crée avec d’autres acteurs de la cancérologie, une plateforme Internet, conçue comme une boîte à outils pour aider les associations à aider les malades.