L’histoire des innovations : les progrès considérables dans la leucémie

L’histoire des innovations : les progrès considérables dans la leucémie

L’histoire des innovations en cancérologie a été au cœur des 7èmes Rencontres de l’INCa, le 4 février dernier. Deux analyses ont notamment permis de pointer les contrastes dans les avancées en matière de traitements. Ainsi, le Pr André Baruchel, chef du Service d’onco-hématologie pédiatrique de l’hôpital Robert-Debré a présenté les progrès considérables des traitements de la leucémie aigüe de l’enfant, des cocktails de chimios aux CAR T-cells.

Les leucémies aigües sont les cancers les plus fréquents chez l’enfant. La plupart appartient à la catégorie des lymphoblastiques « Nous avons affaire à un ennemi protéiforme. La cellule maligne bloque les mécanismes de maturation, refuse de vieillir, de mourir et elle prolifère ». Ce sont des anomalies génétiques acquises.

Une classification affinée
Durant des années, les mêmes chimiothérapies ont été administrées pour des types de leucémies très différents Une première étape, dans les années 50, a été de décrire trois entités de leucémie lymphoblastique. Dans le même temps, nous sommes passés du microscope au gène et de la cytogénétique à la biologie moléculaire avec le séquençage du génome pratiquement pour chaque tumeur. « Nous avons aujourd’hui identifié 23 sous-types de leucémie aiguë lymphoblastique, rien que pour la ligne B ». La contrepartie de ce découpage est que les thérapies ciblées concernent une longue série de pathologies extrêmement rares.

Mieux faire la mayonnaise et évaluer la réponse
L’essentiel des chimiothérapies utilisées aujourd’hui pour guérir les enfants a été inventé avant les années 70. « Nous sommes dans une évolution, un pas à pas pour mieux faire la mayonnaise avec les mêmes ingrédients, pour arriver à individualiser la prise en charge dans le cadre de protocoles. »

La première innovation de ces dernières années concerne précocement la réponse au traitement.  Le microscope permettait de retrouver cinq cellules malades parmi 100 normales. Les techniques d’aujourd’hui en voient une parmi 100 000 et bientôt un million.

Une organisation interrégionale
La spécificité de l’organisation de l’oncologie-pédiatrique est l’obligation de réunions de concertation pluridisciplinaire interrégionale dédiées à chaque pathologie. Une en Île-de-France pour les leucémies et la greffe. Des groupes coopérateurs facilitent la recherche et déterminent des protocoles approuvés par des comités d’éthique et des agences réglementaires. Au regard du nombre de cas, la recherche s’est, plus vite que dans d’autres champs thérapeutiques, organisée au niveau international.

Chimiothérapies, greffes de moelle osseuse, radiothérapie, injection par ponction lombaire, « les traitements sont barbares. » Le travail des groupes coopérateurs a permis d’aboutir progressivement à des protocoles autant ou plus efficaces mais toujours moins nocifs, en réduisant par exemple les indications de traitements lourds comme la radiothérapie ou la greffe. « Quand j’ai commencé, nous irradiions 90 % des enfants sur la tête. Aujourd’hui, seuls 10% des enfants le sont ». Ces groupes ont aussi permis de prouver qu’entre 15 et 20 ans, les protocoles pédiatriques sont plus efficaces.

Anticiper avec un suivi à long terme
Une autre spécificité du cancer de l’enfant est que le suivi à long terme, voire à très long terme, prend plus de sens. Une cohorte a été montée, avec plus de 4000 anciens patients, remontant jusqu’aux années 80 pour anticiper les suites de la maladie par une recherche physiopathologique. « Nous avons montré que les patients traités dans l’enfance a fortiori quand ils ont été greffés, avaient un syndrome métabolique, des risques d’hypertension, d’accident vasculaire cérébral, d’obésité et de cancer secondaire ».

Une innovation majeure : les CAR T-cells
Après ces dizaines d’années de progrès pas à pas, les CAR T-cells sont une innovation de rupture aux résultats plus qu’encourageants. Cette immunothérapie vise à prendre les lymphocytes du malade, les modifier par thérapie génique grâce à un virus qui va insérer une nouvelle information, permettre à cette cellule de reconnaître ses propres cellules leucémiques et les tuer. « Cela annoncera peut-être la mort de la greffe. »

La première enfant de 5 ans, traitée il y a plus de 30 mois, est retournée à l’école deux mois après les traitements, ce qui est extrêmement rare dans le cas de greffe. « Elle va très bien alors qu’elle était condamnée dans les 3 mois. » Des infusions d’immunoglobulines pour une durée indéterminée compensent le fait que des cellules normales sont aussi détruites.

Un an après, elle a pu gravir sa montagne avec l’association A chacun son Everest. « Il ne faut pas oublier que cette aventure humaine des progrès dans les leucémies de l’enfant existe aussi grâce à la mobilisation des associations de parents et de patients. »

A propos Damien Dubois

Damien Dubois est journaliste et spécialiste de la communication en santé. Dans son activité en indépendant, il défend les droits des personnes atteintes de cancer ou de maladies chroniques et relaie leur parole, notamment dans le cadre de Cancer Contribution. Suite aux Etats-Généraux des malades atteints de cancer de 1998, avec d’autres jeunes adultes touchés par la maladie, il crée Jeunes Solidarité Cancer, première association portant la parole des adolescents et jeunes adultes concernés par le cancer et prônant une prise en charge spécifique de cette tranche d’âge intermédiaire. En 2016, il crée avec d’autres acteurs de la cancérologie, une plateforme Internet, conçue comme une boîte à outils pour aider les associations à aider les malades.