MoovCare

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MoovCare, première application d’identification précoce des rechutes du cancer du poumon

Les résultats de phase III présentés en session orale à l’ASCO le 6 juin 2016.

MoovCare est une application e-santé de surveillance des symptômes chez les patients atteints d’un cancer du poumon qui cible la détection des rechutes. Grâce à leur smartphone, les patients évaluent leurs symptômes une fois par semaine. Les données sont analysées par un algorithme et directement transmises à leur médecin. Les premières études ont montré l’efficacité de ce « diagnostic numérique » dans la détection anticipées des rechutes.

Une approche innovante du suivi des rechutes dans le cancer du poumon

Pour mettre au point cette application, le Dr Fabrice Denis, cancérologue au Centre de cancérologie Jean Bernard (Le Mans), s’est appuyé sur une étude de la dynamique des symptômes observés chez les patients traités pour un cancer du poumon pour développer un algorithme de suivi.

Deux études pilotes prospectives de phase II ont été conduites pour évaluer l’algorithme. Elles ont porté dans un premier temps sur 43 patients pendant un an, sur la base de 6 symptômes renseignés dans un questionnaire par le malade.

Dans un second temps, 42 patients atteints de cancer bronchique ont renseigné chaque semaine 11 symptômes : variation de poids, douleurs, perte d’appétit, fatigue, etc. Après analyse, l’algorithme alertait le médecin s’il détectait une anomalie. Grâce aux contrôles ainsi anticipés, les rechutes ont pu être détectées environ cinq semaines avant le scanner inscrit dans le suivi classique.

Les premiers résultats (2013) ont montré un accroissement de la survie de l’ordre de 27% à un an. De plus, ce test affiche une sensibilité de 86 à 100 % dans la détection des rechutes, supérieure à celle du scanner.

L’impact sur la survie globale : les résultats prometteurs de l’étude de phase III

Ces résultats ont conduit au lancement d’un essai de phase III, avec une étude clinique randomisée multicentrique. Pendant un an, un groupe de patients a suivi le protocole habituel pour détecter la rechute d’un cancer du poumon (soit un scanner tous les trois mois), alors que l’autre groupe a consulté lorsque l’application a lancé une alerte.

Le protocole mentionne comme critère de jugement principal la survie globale ; comme critères secondaires le PS (Performance Status), la survie sans progression et la qualité de vie.

L’étude comporte deux bras, l’un de 60 patients utilisateurs de l’application et l’autre de 61 patients témoins suivis de manière classique. Les patients utilisateurs de l’application ont vu leurs rechutes détectées plus précocement entre deux visites de surveillance : 74% vs 33% (p<0,001).  Ce groupe présente un accroissement de sa survie globale médiane de 7 mois (HR = 0,33).

En revanche, on n’observe pas de différence en termes de survie sans progression.

Un procédé rassurant pour les patients et économique pour le système de santé

La régularité du suivi à distance permet un traitement plus rapide et impacte positivement la qualité de vie du patient.

84% des patients du groupe utilisateur de l’application ont respecté la discipline de signalement hebdomadaire des symptômes et les patients du bras témoin ont mieux respecté leurs visites de consultation et leurs rendez-vous de scanner.

Les oncologues ont vu le nombre d’appels téléphoniques inutiles diminuer et le nombre d’actes d’imagerie a été divisé par deux.

A ce jour, l’application a été utilisée par plus de 300 patients atteints de cancer du poumon. D’autres études ont été initiées dans d’autres localisations tumorales.

Le marquage CE est en cours. La diffusion internationale est prévue dans les prochains mois.

Réflexion dans les couloirs de l’ASCO

Quelques remarques prudentes échangées librement à l’issue de la session apportent un léger bémol aux pronostics enthousiastes.

Dans les études préliminaires et dans la phase 3, on ne distingue pas les patients utilisateurs de l’application en fonction des traitements reçus, faisant d’eux une population agrégée et homogène, ce qu’ils ne sont pas en réalité. Un point de nature à affaiblir sensiblement, selon certains, la conclusion sur la relation de cause à effet entre la survie globale (+ 7 mois) et l’utilisation de l’application.

Quant à l’amélioration de la qualité de vie relatée par les patients, c’est une expression récurrente dans toutes les approches e-santé dans lesquelles on porte attention et écoute au patient en le suivant de près.

Enfin, si l’économie associée à l’application révèle l’espoir sous-jacent d’un remboursement et donc d’un tarif à court terme (des discussions sont en cours avec les autorités de santé françaises dans cette perspective),  le modèle économique reste incertain. Un  forfait par patient suivi payé au développeur de l’application ? Un tarif mensuel tant que le patient est en vie et utilise l’application ?

Des éclairages ultérieurs viendront sans doute alimenter le débat.

Sylvie Favier
D’après l’intervention du Dr Fabrice Denis, lundi 6 juin 2016, ASCO

A propos Sylvie Favier

Avec une formation initiale de linguiste et de traductrice, Sylvie Favier manifeste dès le début de sa carrière son intérêt pour le domaine scientifique. Après plus de 15 ans d’expérience de la communication en entreprise, dans de grands groupes du secteur entre autres (IMS Health, Groupe Profession Santé), elle opère en 2012 un tournant vers une activité indépendante de journaliste-rédactrice-traductrice. Elle est à l’origine de multiples réalisations éditoriales et enquêtes réalisées sur des thématiques médicales et de politique institutionnelle. Son intérêt pour la cancérologie est né au fil de rencontres et d’expériences dans son environnement personnel.

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