Organisation et financement de l’innovation oncogénomique

Organisation et financement de l’innovation oncogénomique

L’intérêt de l’oncogénomique dans la lutte contre les cancers n’est plus à démontrer, à la fois en termes d’analyse de risque, de compréhension des mécanismes biologiques en cause et de prédiction de l’efficacité des traitements. Dès lors, des changements semblent inéluctables pour une mise en cohérence de notre système de santé avec les avancées scientifiques.

Une simple prise de sang permet aujourd’hui d’identifier des mutations génétiques dites constitutionnelles, c’est-à-dire présentes dans toutes les cellules de l’organisme et héréditaires. Ces mutations prédisposent à un risque élevé de cancer. Parmi les plus connues, BRCA1 et BRCA2 par exemple, sont à l’origine de cancers du sein ou de l’ovaire, mais aussi de cancers du pancréas et de la prostate. Connaître les altérations génétiques pour lesquelles des prises en charge existent est donc déterminant, à la fois pour la personne chez qui la mutation a été identifiée, et pour sa famille directe qui, conformément à la loi, doit être informée du risque afin de pouvoir bénéficier d’un dépistage présymptomatique.

Concilier besoins et procédures
Seuls des laboratoires labellisés par l’Institut National du Cancer (INCa), auxquels sont adossés des services de consultation d’oncogénétique (1) répartis sur toute la France, sont habilités à pratiquer ce dépistage. Avec l’augmentation exponentielle de la demande, les délais sont de plus en plus longs et inégaux selon les régions. Or des études récentes (notamment sur les cancers particulièrement meurtriers de l’ovaire et du pancréas,) ont démontré que la connaissance de ces mutations permet d’utiliser des traitements ciblés capables de prolonger significativement la survie sans progression des patients.

Si la loi impose depuis deux ans de proposer le dépistage génétique aux femmes atteintes d’un cancer de l’ovaire avancé, ce n’est pas le cas pour les cancers du sein métastatique, alors que des médicaments (de la classe des inhibiteurs de PARP) autorisés en Europe mais non remboursés en France sont plus efficaces et mieux tolérés que la chimiothérapie.

« La cancérologie du futur s’orientera de plus en plus vers une analyse génétique moléculaire extensive des tumeurs » prédit le Dr Thibaut de La Motte Rouge. Il faut donc s’attendre à une augmentation exponentielle de la demande. Afin d’anticiper l’engorgement et l’explosion des coûts, un groupe de travail a été constitué par l’INCa, pour réfléchir à des recommandations pour adapter les procédures aux évolutions.

L’imbroglio des remboursements de santé
Outre les ajustements organisationnels nécessaires, c’est  la question du financement des tests génétiques qui pose problème. En effet, le coût forfaitaire du dépistage n’est pas couvert par l’Assurance Maladie mais par un fonds contraint géré par la Direction Générale de l’Offre de Soins (DGOS, Ministère de la santé), appelée Référentiel des actes Innovants Hors Nomenclature (RIHN). Ce qui veut dire que la facture revient à l’établissement du médecin prescripteur ; un système qui restreint la prescription des tests et va à l’encontre de l’équité d’accès des patients à l’innovation oncogénomique.

« Le dépistage BRCA devrait être inscrit à la nomenclature et coté comme un acte médical, au même titre qu’un scanner ou un examen biologique » déclare le Dr de La Motte Rouge, en rappelant que la plupart des nouveaux traitements en cours de développement ciblent des anomalies précises, qui justifieront de plus en plus d’analyses du génome tumoral, pour faire des choix thérapeutiques pertinents.

(1) Télécharger l’annuaire des centres de consultations d’oncogénétique

D’après l’intervention du Dr Thibaut de La Motte Rouge, oncologue médical, Centre Eugène Marquis, Rennes

A propos Sylvie Favier

Avec une formation initiale de linguiste et de traductrice, Sylvie Favier manifeste dès le début de sa carrière son intérêt pour le domaine scientifique. Après plus de 15 ans d’expérience de la communication en entreprise, dans de grands groupes du secteur entre autres (IMS Health, Groupe Profession Santé), elle opère en 2012 un tournant vers une activité indépendante de journaliste-rédactrice-traductrice. Elle est à l’origine de multiples réalisations éditoriales et enquêtes réalisées sur des thématiques médicales et de politique institutionnelle. Son intérêt pour la cancérologie est né au fil de rencontres et d’expériences dans son environnement personnel.