SKIN, l’effet révélateur

SKIN, l’effet révélateur

De l’aveu d’une majorité de patients, l’après cancer est plus difficile à vivre que la
maladie. Dans cet espace entre guérison et retour à la vie active, existe une sorte de no man’s land où tous les repères abolis, par la maladie, sont à reconstruire, où les séquelles physiologiques, psychiques et physiques imposent de recréer le chemin vers soi, où les aidants sont démunis. L’association SKIN investit cet espace inhabité où doit s’accomplir une forme de mue intérieure.

Organe complexe doté de pouvoirs multiples, la peau enveloppe le corps et le protège des agressions extérieures, cicatrise les plaies et possède une extraordinaire capacité de régénération. C’est l’image de la nymphe, entre chrysalide et papillon, de l’éclosion entre maladie et résilience, que SKIN, ainsi nommée par sa fondatrice Cécile Reboul, symbolise.

Le binôme alpha
SKIN est née de la rencontre de Cécile Reboul avec la photographe, vidéaste et peintre Karine Zibaut, à ce moment charnière où, propulsée dans une souffrance invisible, confrontée à l’incompréhension d’autrui, en proie à la culpabilité d’aller plus mal qu’avant, les mots ne lui ont plus suffi : comment redevenir une femme après une double mastectomie ? Vers qui se tourner ?

Progressivement, le repli sur soi, le mal être, ont cédé la place à l’extériorisation des émotions, à une amitié naissante, à une créativité partagée propices à la métamorphose : réparation, réalignement avec ses valeurs profondes, renaissance.

SKIN était née. Avec l’ambition de proposer à des femmes touchées par le cancer de se réinventer elles aussi grâce à la co-création dans un duo artistique.

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible. » – Paul Klee
SKIN se veut un simple « passeur ». Piloté par Cécile Reboul et quelques bénévoles, un réseau s’est constitué au fil de l‘eau par le bouche à oreille essentiellement, avec des artistes volontaires de tous les domaines d’expression. L’association provoque la rencontre et laisse l’œuvre se façonner librement, se nourrir de l’un et de l’autre, évoluer à son rythme. C’est une expérience inédite qu’offre SKIN, dans laquelle la femme va pouvoir libérer ses émotions, prendre du plaisir, mettre par l’expression son image intérieure à distance. Ensuite seulement, SKIN reprend la main pour restituer le fruit de ce travail dans des lieux prestigieux.

La gratification de la performance au travers de la mise en visibilité non seulement est un maillon déterminant dans le renforcement positif de la femme, mais enclenche un cercle vertueux. Visibilité auprès du grand public (expositions, spectacles…), auprès du cercle restreint de la famille et des amis – ces derniers prennent alors véritablement conscience des émotions extrêmes et contradictoires qu’a pu vivre cette femme – mais aussi au sein de la communauté du cancer.
A l’hôpital, les œuvres exposées des femmes « réparées » constituent un relais tendu aux femmes en traitement, un vecteur d’espoir pour les soignants autant que pour les patients.

Dans ce même esprit, des sorties culturelles sont organisées et des ateliers artistiques et sportifs ont été ouverts cette année pour extraire les femmes (et les quelques hommes qui commencent à rejoindre l’association) du marasme et de la solitude.

Une vision a contrario
Appelée à intervenir au 5ème congrès international sur la résilience, Cécile Reboul veut parler du cancer autrement. Loin du langage guerrier et de l’exhortation au combat qui entourent la maladie, elle invoque avec SKIN l’acceptation transcendante du cancer, en tant qu’outil de [re]connaissance de soi et de ses valeurs personnelles.

A propos Sylvie Favier

Avec une formation initiale de linguiste et de traductrice, Sylvie Favier manifeste dès le début de sa carrière son intérêt pour le domaine scientifique. Après plus de 15 ans d’expérience de la communication en entreprise, dans de grands groupes du secteur entre autres (IMS Health, Groupe Profession Santé), elle opère en 2012 un tournant vers une activité indépendante de journaliste-rédactrice-traductrice. Elle est à l’origine de multiples réalisations éditoriales et enquêtes réalisées sur des thématiques médicales et de politique institutionnelle. Son intérêt pour la cancérologie est né au fil de rencontres et d’expériences dans son environnement personnel.

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